Tom est belge et JUICER pour Lime et dénonce les dégradations

Tom est belge et JUICER pour Lime et dénonce les dégradations

Tom (prénom d’emprunt car il veut garder l’anonymat) est Juicer. Tous les soirs, il sort de chez lui pour recharger des trottinettes électriques que la firme Lime met à disposition dans les grandes villes du pays. Selon lui, un trop grand nombre de trottinettes est vandalisé ou défectueux. La firme américaine, entrée sur le marché belge il y a 9 mois, réagit au témoignage anonyme de son collaborateur.

Tom a trouvé une activité complémentaire pour arrondir ses fins de mois. Il est devenu Juicer, c’est-à-dire une personne qui recharge les trottinettes électriques de la société américaine Lime. Après plusieurs semaines de travail, il a décidé de dénoncer certains problèmes qui pourraient mettre la sécurité des utilisateurs en péril. « Les gens utilisent de moins en moins nos trottinettes parce qu’elles commencent à être dans un état déplorable. Certaines trottinettes n’ont même plus la possibilité de freiner. On ne peut pas signaler plus de 5 trottinettes défectueuses. Si on en a plus de 5, on est obligé de les remettre à disposition des clients. Après, on s’étonne qu’il y ait des accidents », accuse le jeune homme. Lime dément l’existence d’un nombre limite de signalements imposé aux Juicers et assure par ailleurs que toutes les trottinettes endommagées sont réparées par des techniciens.


Des conditions de travail peu avantageuses

Tom travaille principalement le soir. « Le meilleur moment pour avoir les trottinettes déchargées c’est à partir de 21h. On les récupère et on les met à charger chez nous avec notre électricité. Après elles doivent être de retour avant 7h, le lendemain. Si on les dépose après, on est payé moitié moins », dit le Juicer. Un des problèmes est qu’il est bridé dans son travail. « On a 10 chargeurs, on peut donc charger 10 trottinettes en même temps. Il faut 4h pour charger de 0 à 100. Si on veut en charger plus, il faut payer 55 € pour 4 chargeurs supplémentaires », poursuit-il. L’entreprise a également décidé de changer de politique depuis son arrivée. « Avant, on pouvait les prendre et les charger dès 80%. Maintenant il faut attendre qu’elles soient à moins de 50%. Je suis payé 3 € par trottinette rechargée et replacée. De 147 €, je suis passé à 27 € gagné par soir à cause de ça et des dégradations », conclut-il

Statut d’entrepreneur indépendant

Le contrat que signe chaque Juicer indique qu’il n’est pas un employé de l’entreprise. « Il n’y a pas de fiche de paie. Pour eux, on est des prestataires avec notre numéro de TVA et notre numéro d’entreprise individuel », indique-t-il. Ce type de contrat avait déjà créé la polémique dans les rangs de l’entreprise de livraison Deliveroo. La justice belge se penche encore actuellement sur cette affaire.

« Si les dégradations continuent, je sais que Lime se retirera de Namur d’ici septembre »

À cause des nombreuses pertes de trottinettes, les marges bénéficiaires de Lime sont en chute libre d’après Tom. Pour acheter un de ces engins, l’entreprise de trottinettes en libre-service dépenserait près de 1000 euros par pièce. « Lime nous a signalé récemment qu’ils avaient dépassé le seuil de perte autorisé. On a dépassé les 25 % de perte. Si les dégradations continuent, je sais par exemple que Lime se retirera de Namur d’ici septembre », affirme le Juicer selon qui il ne reste plus que la moitié des 100 trottinettes initiales dans la capitale wallonne. « Les autres sont soit dans l’eau soit inutilisables et elles ne sont pas remplacées », assure Tom. Lime n’a pas confirmé ces allégations mais admet en revanche que les pertes en Belgique sont réelles.

La durée de vie des trottinettes électriques en libre-service serait en moyenne de 29 jours, selon une étude réalisée aux Etats-Unis par Bird, un autre exploitant de ce marché. « On parle de plusieurs dizaines de dégradations à Liège et à Namur depuis notre arrivée, il y a deux mois. À Bruxelles, les dizaines se sont transformées en centaines », informe Benjamin Barnathan, le responsable du groupe pour la Belgique et la France. Bruxelles disposait d’un peu plus de 1500 trottinettes, Liège et Namur en comptaient une centaine chacun. Cependant, Lime ne considère pas ces chiffres comme excessivement mauvais. La Belgique serait un bon élève comparé à d’autres. « Proportionnellement, il y a eu peu de dégradations depuis notre arrivée comparé à d’autres pays. Même si on remarque qu’en Europe du Nord, en Finlande par exemple, les chiffres sont quasi nuls », poursuit le responsable.

Que deviennent ces trottinettes cassées ?

« Lorsqu’une trottinette est jetée à l’eau, la batterie devient inutilisable. L’engin est bon à jeter. Par contre quand ce n’est pas la batterie qui est touchée, nos équipes peuvent la réparer », déclare Monsieur Barnathan. Lime affirme que ces engins défectueux sont tous récupérés, mais Tom a un tout autre avis sur la question.  « Lime est responsable de ses trottinettes. Si elles finissent à l’eau ou dans un endroit difficile d’accès, ils doivent les récupérer. Ils nous demandent de le faire mais on ne le fait pas. Je ne vais pas mettre ma vie en danger. Ils nous paient 2 € pour une trottinette endommagée qui est ramenée. Il est hors de question que je plonge dans un fleuve et que je me mette en danger pour une somme pareille. En plus, on n’a pas l’équipement pour ce genre d’opération », s’exclame Tom.

À Marseille, plusieurs dizaines de trottinettes se sont retrouvées à la mer. Des citoyens de la ville ont décidé de s’allier pour aller les récupérer en voyant que Lime n’agissait pas. « Après en avoir remonté 32 en trois heures, nous avons appelé la mairie : elle nous a dit que ce n’était pas de son ressort et qu’il fallait contacter les entreprises de trottinettes. L’une d’elles nous a dit qu’ils n’avaient ni les moyens de les sortir de l’eau, ni le temps de venir récupérer celles que nous avions repêchées », a déclaré Adrien Pinchaud, un des pêcheurs

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